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« Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel » de Michel Bourçon

imagesOn entre dans ce très beau recueil comme happé par un rêve dans lequel un noir profond se déverse jusqu’au pli de la chambre, au plus intime, traverse la tête du poète de part en part comme une flèche. Quand le soir « reprend les armes ». On sait qu’il nous faudra lutter.

Ici le trouble est autant intérieur qu’extérieur, il grignote tout sur son passage de la ville à la fièvre de vivre. Le corps du poète se trouve lui pris en étau dans l’espace où s’affrontent le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité. Sur la brèche, toujours. Le recueil alterne ainsi entre des moments sombres, dans lesquels « la nuit dévore », que « chacun sait son coeur/fait comme un rat », qu’une douce fatalité nous enveloppe quand soudain et sans vraiment savoir pourquoi « on a peur d’être là »; et des moments plus lumineux alors que les yeux pointent vers « la promesse du jour », et que « nous n’espérons pas plus/qu’un jour clair ». Vœux pieux.

La ville est comme une salle d’attente où le poète fait justement déambuler ses mots, pas perdus ajustés à la taille de l’émotion qui s’en dégage, dans cette nuit qui tient malgré tout au-delà, parvient à déloger « les pensées et le reste ».

Le corps ne peut plus que se faire éponge, trouver refuge dans un ciel où tout semble enfin redevenu possible quand « une pluie paisible » vient finalement tout nettoyer. En surface seulement car la peur reste là, ancrée au coeur de l’homme, prête à y déverser « la nuit à l’intérieur ».

Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel de Michel Bourçon, Editions Les Carnets du Dessert de lune.

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« Démolition » de Jean-Christophe Belleveaux

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DE-MO-LI-TION. Voici un titre que l’on souhaite prononcer lentement. Sans presser un peu plus ce temps, dont on extrait tant bien que mal la pulpe noire du quotidien. DE-MO-LI-TION. Le livre entre les mains, on se demande déjà ce qu’il en restera après. Ce qu’il nous restera. Sur quelles ruines se poseront les yeux, pour continuer à vivre normalement. Comme si de rien. Car même sous les gravats, ça bat, ça s’anime, ça crie plus fort encore.

Avec ce nouveau recueil, Jean-Christophe Belleveaux nous emmène jusqu’aux fondations de la solitude. Là où errent les fantômes du passé. Là où le poète traîne lui-aussi ses mots. « I’m a ghost ». On avance, hésitant, sur ce fil tendu. Cette écriture qui « jette ses oiseaux noirs » par la bouche. Il nous faudra également en passer par ces ruines-là. Celles de la poésie, de Rimbaud, de Baudelaire, du voyage évidemment. Traverser les décombres. « Piétiner les voyelles ».

Ruines de l’être aussi. « Dans cette guerre contre moi-même » qui s’engage sous nos yeux. Le temps des simples batailles est passé et le poète « fait avec ». S’accordant juste, sous la poussière, une petite pause. « Une petite naïveté/de se sentir vivant ». Seulement le temps de le dire. « J’ai fait du doute un habit à peu près supportable », habit d’ombre et de lumière que revêt le recueil. Avec la couleur du regret et de l’incompréhension. «Je crois mal » confie-t-il. Une mélancolie douce, parfois plus crue mais toujours sans artifice. De son propre aveu, il se « contrefout du style […], de l’insensé méli-mélo», et Jean-Christophe a bien raison.

« Les seuls oiseaux » de son écriture suffisent ici à nous emporter.

Démolition, Jean-Christophe Belleveaux, Editions Le Carnets du Dessert de Lune (http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/)

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« A ce qui est de ce qui n’a » de Vincent Motard-Avargues

img004-212x300Avec cette  nouvelle parution, Vincent Motard-Avargues poursuit sa route poétique. Une route riche et dense qui nous conduit cette fois-ci sur les abords d’une plage grise. Absence de l’être cher, « comme  un regard perdu/que veux-tu dire de plus ». Pourtant c’est bien plus que nous propose Vincent. Sur un thème difficile, et qui à première vue pourrait nous apparaître usé, le poète parvient à nous emporter avec lui. Dune sèche. Un regard vers le large. Il nous fait écrire dans le sable et l’émotion prend vie. Presque bourrasque. A ce qui est. « Vois ce soleil/son halo halluciné/qui hèle l’allure ». Les mots halètent et au lecteur de vibrer « comme basse d’un dub assommé ». Assommé, oui. Fragile aussi. Toujours sur la brèche, que ce soit dans la langue ou dans les sentiments confus que le soir maltraite dans l’écume. « entre monde et mot/comme je t’aurais voulue ». Et pourtant « tout se perd ». De ce qui n’a. Solitude hors saison «de celui qui aurait pu », mots d’amour noyés dans les vagues, c’est un dialogue intense qui se noue au fil des pages du livret, un dialogue auquel nous finissons par prendre part. Sur la brèche et seul. Une présence pesante malgré tout. Souvenir doux/douloureux. « Que ça vive » espère le poète. Ses mots nous l’assurent.

A ce qui est de ce qui n’a de Vincent Motard-Avargues, Encres vives.

 

Chronique publiée sur « La cause littéraire », ici : http://www.lacauselitteraire.fr/a-ce-qui-est-de-ce-qui-n-a-vincent-motard-avargues

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« Ces bus qui n’arrivent pas » de Guillaume Siaudeau

coverA la lecture de Ces bus qui n’arrivent pas, nouvelle publication de Guillaume Siaudeau aux éditions La matière noire, on retrouve avec plaisir la force et la tendresse de cette poésie brève, fortement imagée. On avance dans le livre, comme dans les couloirs d’un musée, à regarder avec mélancolie de petites toiles tantôt sombres, tantôt lumineuses. Même si les deux ne sont jamais très éloignés dans les poèmes de Guillaume. Le poète nous sert ici de guide et nous précède de quelques pas, « le passé/tel un chewing-gum/sous la chaussure ». Ça colle et ça couine et on comprend que ce temps qui déraille est certainement la cause de ces bus qui n’arrivent jamais. « le passé et moi/jouons régulièrement/au chat et à la souris/Il gagne souvent ». Plafond noir . Émotion brute. Les pièces nous semblent peu à peu familière. Moment de doute. Mélancolie du quotidien, quand « la nuit est un burin » et que « les espoirs tombent/en miettes ». Quand « ce matin ressemble/à un croque-mort/qui sourit ». Finalement on se disperse à la sortie, des images plein la tête, un peu plus lourd de quelques grammes (de cœur?) et « chacun s’en retourne/vers son ennui ». Mais là encore, et c’est là que s’exprime tout le talent du poète, la lumière (l’espoir) n’est jamais très loin. « les secondes glissent/tu les rattrapes au vol ». L’essentiel est sauvé.

Ces bus qui n’arrivent pas de Guillaume Siaudeau, éditions La matière noire.

 Le blog de l’auteur; ICI

Le blog de l’éditeur; ICI

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« En perte impure » du Thibault Marthouret

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Nouvelle parution aux éditions Le Citron Gare, créées il y a quelques mois de ça par Patrice Maltaverne. En perte impure, recueil de l’absence , où « les miroirs labyrinthiques » et « les constellations éclatées » se font écho. L’écriture fine de Thibault Marthouret nous plonge dans des mots d’ombre et de lumière, d’une ville qui « tonne et s’effondre » à ce bord de mer nostalgique déserté par les promeneurs. Un beau recueil, d' »angles pointus » et de « surfaces planes« . A découvrir.

 En perte impure de Thibault Marthouret, Editions Le Citron Gare.

Illustrations de Laure Chapalain

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« Battre le corps » de Dominique Boudou

imagesDès les premières pages de Battre le corps, le lecteur comprend vite qu’il ne sera plus tout à fait le même en refermant le livre. Dominique Boudou partage ici un quotidien en noir et blanc, de neige et de charbon. Quand le corps de l’être aimé dessine « un arbre mort ». Quand la mémoire d’un corps s’efface jusqu’au creux du lit. Mais « les mots », qui jalonnent le recueil comme de petits cailloux, font parfois oublier le pire « Et les mots enfin là/De petits riens en petits riens/Iront te rassasier d’enfances » ou l’esquisse malgré tout « Tu ne sais pas comment le prendre/Dans tes mots/Ils pourraient le faire saigner ». Un livre rare, déjà précieux, « qui nous tient ensemble dans la marche ». Vers la vie, évidemment.

 Battre le corps, Dominique Boudou, Le Nouvel Athanor

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« Vu de l’intérieur » de Morgan Riet

vu-de-lintc3a9rieur-couvertureEntrez/vous dis-je lance Morgan Riet sur le perron de son nouveau recueil, Vu de l’intérieur publié chez Donner à Voir. Et à nous de le suivre, de nous faire voyeur, d’observer au plus près l’intimité du poète. Un tour dans le frigo ou dans la salle de bain, dans ces chambres d’enfants où les querelles/de chapeau de cow-boy/et de robe de fée  nous font ralentir le pas. Tendrement. Car c’est bien la tendresse qui meuble les pages de ce livre, que l’on tourne comme l’on passe d’une pièce à l’autre. Tout en douceur, pour en garder en mémoire chaque détail, chaque recoin. Quelques touches mélancoliques nous poussent par instants à ouvrir grand les fenêtres. Quand le poète retrouve parmi les chaussettes/un tas de très vieilles larmes/roulées en boule ou quand le doute se fait poème.

En clair, on est bien chez Morgan. Avec ses mots, ses joies, ses peines et ses silences. Ses  quatre pièces/de vers  dans lesquels on se sent comme à la maison.

 Vu de l’intérieur, Morgan Riet, Donner à Voir.

Illustrations d’Hervé Gouzerh.

 

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« Jour » de Jean-Jacques Marimbert

Jour-Quel est ce Jour après lequel court Jean-Jacques Marimbert? Ce jour où l’être aimé ne promettait déjà rien ? Ce jour fantasmé dans l’Amérique des années 30 ? Et pourquoi pas ce jour où un banc isolé se fait progressivement radeau ? Car c’est bien sur cette frêle esquive que le poète semble avancer. Dans cette eau mitigée, entre « un tremblement de joie » et « cette écaille de temps/égarée/dans le noir », il se fraye un passage, tantôt dans la lumière, tantôt dans l’obscurité alentour. Et au lecteur de se laisser emporter dans cette fiction poétique et de comprendre finalement que l’important est tout autant dans ce que l’on laisse derrière soi que dans ce que l’on retient. « Un voile de mer ondule/au pied des forteresses. /Le mur d’enceinte s’érige/pour contenir le ciel. ».

Jour, Jean-Jacques Marimbert, Editions Les Carnets du Dessert de Lune.

Le recueil est préfacé par Anna de Sandre et joliment illustré par Yves Budin.

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« Ces angles raturés, ô labyrinthe » de Jean-Christophe Belleveaux

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Dans ce petit livret, accompagné d’une série de photos de Pierre Bastide (« La chrysalide du bouffon, scénographie »), Jean-Christophe nous offre quelques poèmes à fleur de peau. On avance dans ces moments à deux, quand le je et le tu forment ce nous à la fois rassurant et inquiétant. Comme la vie nous froisse. Jusqu’au tournant. Rupture ou émancipation. Le je doit Continuer avec cette étrange brûlure. Celle de la liberté conjuguée à la solitude. A la complexité de l’être qui doit avancer malgré tout. Quête de soi autant que quête de l’autre. C’est qu’est tant difficile notre liberté.

Ces angles raturés, ô labyrinthe, Jean-Christophe Belleveaux, éditions Le frau.

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Jus de bouche de Guillaume Siaudeau

jus de boucheDans ce recueil paru en 2011 chez Gros Textes, Guillaume Siaudeau nous embarque pour un voyage tout en douceur. Le poète aborde le monde qui l’entoure avec tendresse et nostalgie, fatalité parfois. Poèmes du quotidien aux images fortes et parsemés d’un humour tout en retenu. L’être aimé est également au coeur de ce recueil, qu’il soit tout proche ou planqué sous un parapluie, absent ou en partance. Qu’il soit tu, qu’il soit elle ou cette fille au fond d’un bar. Voilà ce que m’évoque ce Jus de bouche. Un livre tendre qui nous rappelle que Parfois seulement la vie ressemble/aux miettes d’un délicieux/clafoutis aux cerises.

Jus de bouche de Guillaume Siaudeau, éditions Gros textes.