imagesOn entre dans ce très beau recueil comme happé par un rêve dans lequel un noir profond se déverse jusqu’au pli de la chambre, au plus intime, traverse la tête du poète de part en part comme une flèche. Quand le soir « reprend les armes ». On sait qu’il nous faudra lutter.

Ici le trouble est autant intérieur qu’extérieur, il grignote tout sur son passage de la ville à la fièvre de vivre. Le corps du poète se trouve lui pris en étau dans l’espace où s’affrontent le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité. Sur la brèche, toujours. Le recueil alterne ainsi entre des moments sombres, dans lesquels « la nuit dévore », que « chacun sait son coeur/fait comme un rat », qu’une douce fatalité nous enveloppe quand soudain et sans vraiment savoir pourquoi « on a peur d’être là »; et des moments plus lumineux alors que les yeux pointent vers « la promesse du jour », et que « nous n’espérons pas plus/qu’un jour clair ». Vœux pieux.

La ville est comme une salle d’attente où le poète fait justement déambuler ses mots, pas perdus ajustés à la taille de l’émotion qui s’en dégage, dans cette nuit qui tient malgré tout au-delà, parvient à déloger « les pensées et le reste ».

Le corps ne peut plus que se faire éponge, trouver refuge dans un ciel où tout semble enfin redevenu possible quand « une pluie paisible » vient finalement tout nettoyer. En surface seulement car la peur reste là, ancrée au coeur de l’homme, prête à y déverser « la nuit à l’intérieur ».

Les rues pluvieuses n’iront pas au ciel de Michel Bourçon, Editions Les Carnets du Dessert de lune.

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