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DE-MO-LI-TION. Voici un titre que l’on souhaite prononcer lentement. Sans presser un peu plus ce temps, dont on extrait tant bien que mal la pulpe noire du quotidien. DE-MO-LI-TION. Le livre entre les mains, on se demande déjà ce qu’il en restera après. Ce qu’il nous restera. Sur quelles ruines se poseront les yeux, pour continuer à vivre normalement. Comme si de rien. Car même sous les gravats, ça bat, ça s’anime, ça crie plus fort encore.

Avec ce nouveau recueil, Jean-Christophe Belleveaux nous emmène jusqu’aux fondations de la solitude. Là où errent les fantômes du passé. Là où le poète traîne lui-aussi ses mots. « I’m a ghost ». On avance, hésitant, sur ce fil tendu. Cette écriture qui « jette ses oiseaux noirs » par la bouche. Il nous faudra également en passer par ces ruines-là. Celles de la poésie, de Rimbaud, de Baudelaire, du voyage évidemment. Traverser les décombres. « Piétiner les voyelles ».

Ruines de l’être aussi. « Dans cette guerre contre moi-même » qui s’engage sous nos yeux. Le temps des simples batailles est passé et le poète « fait avec ». S’accordant juste, sous la poussière, une petite pause. « Une petite naïveté/de se sentir vivant ». Seulement le temps de le dire. « J’ai fait du doute un habit à peu près supportable », habit d’ombre et de lumière que revêt le recueil. Avec la couleur du regret et de l’incompréhension. «Je crois mal » confie-t-il. Une mélancolie douce, parfois plus crue mais toujours sans artifice. De son propre aveu, il se « contrefout du style […], de l’insensé méli-mélo», et Jean-Christophe a bien raison.

« Les seuls oiseaux » de son écriture suffisent ici à nous emporter.

Démolition, Jean-Christophe Belleveaux, Editions Le Carnets du Dessert de Lune (http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/)

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