Le ciel déposé là (extrait)

L’enfance s’est enlisée tout près. Le chien aboie dans le jardin et chaque rafale le fait bondir. C’est comme ça que les cœurs se détraquent. Dans l’angoisse d’un matin où les gamins s’ennuient, où l’eau s’épuise dans leur sillage, où chaque sursaut rassure. On en est là.

A paraître en mai 2016 aux éditions L’Arrière-Pays

Trouver refuge (extrait)

Ce sont de grandes baies vitrées qui brillent là-bas. Ou peut-être les bottes de foin. Le soleil s’étale partout.

A la va-vite, on a enfilé un masque. Une paire de gants taillée dans l’air. Une tenue de camouflage pour échapper à soi. Un été trop lointain. Les tournesols têtes dressées.

Et si ça dure. Si on reste inconnu à notre propre douleur. Si aucun tremblement ne vient. Si ça dure, on laissera scintiller l’eau. Le bleu reprendre un peu d’éclat.

Poésie dans(e) la rue

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Un festival où poésie et danse se rencontrent dans les rues de Rouen du 23 au 27 septembre 2015.Poésie dans(e) la rue  est un festival qui souhaite montrer et affirmer la vitalité de la poésie contemporaine.

Au programme notamment de l’édition 2015: Pour les poètes: Simon Martin, Guillaume Decourt, Timothée Laine, Ian Monk, Guy Allix, Annelyse Simao, Mélanie Leblanc, Claude Ber et Jean-Baptiste Pedini et pour les compagnies: L’éolienne, Ex Nihilo, Diagonales, Ensemble se tordre, Compagnie du là et Aller simple.

Les éditeurs suivants seront également présents: Vincent Rougier, les éditions de l’Amandier, Isabelle Sauvage, La Dragonne, les éditions Henry, les Venterniers et Christophe Chomant.

Le programme complet et tous les renseignements utiles sont à découvrir ICI.

Trouver refuge (extrait)

Capter les odeurs du dehors. Faire de la chambre un verger dans lequel la clarté restituent le parfum des fruits.

Le silence s’étire alors comme une peau fragile. Les ombres reprennent leur souffle. Et chacune à leur tour les images de l’enfance tombent sur le bord du chemin. Couloir aux tâches rouges. Noyaux juste visibles quand le jour croule en avalanche.

S’en dégager en toute hâte. Ne garder des souvenirs qu’un arrière-goût de pêche blanche.

Tâches d’huile (extrait)

Restes de nuit
entre les dents

réminiscence peut-être

une écume dense
se propage
et ce n’est pas la langue
qui colle

pas non plus
ces glottes noires
ces brisures de mots
encore

non
ce n’est pas la langue
qui entrave

peu de place

de toute façon
peu de distance
entre début et fin

restes de nuit
entre les dents

et derrière soi
l’enfance

un bol de lait tiède.

Extrait d’un ensemble de poèmes publié dans le n°28 de la revue N47.

Trouver refuge (extrait)

On ne sait pas ce qui vient. De la peur en écho. Un cornet de bêtises. Des griffures sur le dos du matin. Un sillon sur la joue. Une pluie si soudaine qu’elle laisse des flaques sur l’horizon. Les nuages sont alors comme des parapluies qui se déplacent dans les collines, puis se referment brusquement. Et on est là, enfin trempé. On rit. On laisse les souvenirs infuser, en serrant fort chaque regard contre nos torses nus. Le jour se lève lentement, et on ne sait pas ce qui vient. Un train lancé à vive allure à la poursuite de l’été. Le calme insensé du dimanche. Un tout petit morceau d’enfance coincé entre deux pans de ciel.

08 janvier 2015

Tout se détend après la nuit. Les enfants rient, rampent tant bien que mal dans une lumière tiède, cherchent à saisir le soleil comme l’encre d’un rêve. Tout se détend, et pourtant quelque chose rature l’horizon. Le vent vient part à-coups mais curieusement personne ne regarde le ciel. C’est ici que l’on est. Les mains sales. Un trou dans la langue. Le cœur recomposé comme un patchwork de peurs et de nuages bas, de tendresses, d’éclaircies éphémères, de chutes de clarté. Tout se détend et se réchauffe et déjà on redoute le premier degré. Le brouillard. Les fumées noires sans feu. On ouvre les fenêtres mais on n’y voit plus rien. Juste la Une frissonnante d’un matin de janvier.